[RÉCIT DE PARTICIPANT] Stanislas Deveau, des masques aux palmiers sauvages

Le 11 juillet 2018

Propos recueillis dans le cadre d’un interview avec Stanislas Deveau sdeveau@email.com

À la suite d’études en art plastique et en histoire orientées sur Dionysos et le masque dans l’antiquité, Stanislas a enseigné au Lycée français de Bucarest. En tant que plasticien, il pratique la sculpture et travaille autour d’une tradition carnavalesque roumaine avec un ethnologue et une écrivaine. Après six ans dans le spectacle vivant (marionnette) à Toulouse où il a questionné un théâtre non-spectaculaire inspiré de certaines propositions de Guy Debord, il s’est installé à Saint Nazaire où il enseigne l’Histoire-Géo conjointement à sa pratique de la sculpture. Il participe à la création du Projet Neuf, lieu en devenir, au croisement des pratiques artistiques et d’expérimentations.

Qu’est-ce qui t’amène dans ce summerlab ?

« Je connaissais l’association PiNG mais pas forcément les summerlabs. Cela s’inscrit dans la continuité de nos réflexions au Projet Neuf. Je pensais trouver des profils très variés, un certain croisement entre la création artistique et des champs qui ne sont pas reconnus comme tels par les institutions ou l’académie. »

Qu’est-ce que tu y vois ?

« J’arrive aujourd’hui et ce que je vois correspond à peu près à ce que j’imaginais voir. On a passé du temps en groupe à réfléchir sur ce qui a été fait hier lors de notre arpentage de la friche qui entoure le Projet Neuf. Ce fait que des personnes – pas les mêmes – puissent travailler, se passer le relais autour d’un projet me plaît. Tout le monde est sur des activités très créatives ici, ça a l’air très productif. Il y a beaucoup d’informatique. En fait… je voulais dire qu’il y a beaucoup d’écrans, même s’il y a beaucoup de contacts humains, ce rapport aux écrans m’interroge beaucoup. »

Et Récits-Nature dans tout ça ?

« La première impression était plutôt répulsive car j’ai du mal avec le mot « nature ». Le fait de l’utiliser revêt pour moi un caractère idéologique. On considère qu’il y a un tout, une « nature » qui est là, avec ses lois. Dans son flou, peut-être que ce mot a l’intérêt de susciter la réflexion sur ses usages. Par ailleurs, je trouve importants les coups de pieds que donne une certaine écologie radicale dans l’anthropocentrisme (qui est un peu l’alpha et l’omega de la géographie que je suis amené à enseigner). Toutefois, je reste attaché à une culture dont j’ai été imprégné, humaniste : je crains beaucoup le mysanthropisme et les courants de pensée qui absolutisent.

Quant au mot « récit », il renvoie aussi à des questionnements qui sont au centre de l’épistémologie historique. L’extrait de Faulkner que j’ai lu cet après-midi (Les palmiers sauvages, nouvelle « Le vieux père ») dans le cadre d’un atelier de lecture partagée, ou encore l’expérience personnelle que j’ai eue avec mes grands-parents qui étaient paysans, relate une nature qui n’est ni gentille ni méchante, elle est, et il faut faire avec. C’est plus cette vision de la nature que je trouve pertinente, incluant l’homme, et inspirant des relations, des dynamiques, etc. »